01/06/2017 : La Française des Jeux bientôt privatisée ?

En quête d’espèces sonnantes et trébuchantes, le gouvernement a annoncé à la rentrée vouloir céder ses bijoux de famille. Parmi eux Orange, ADP, ou encore la Française des Jeux. Une annonce aux allures de serpent de mer.

C’est sur les bords du très select lac de Côme dans le cadre d’un mini-Davos baptisé The European House – Ambrosetti à Cernobbio (Italie) que les dés ont été jetés par le ministre de l’Économie lui-même. « Je vais annoncer dans quelques semaines que nous allons privatiser certaines entreprises pour avoir de l’argent afin de financer l’innovation », a déclaré Bruno Lemaire le samedi 2 septembre. « Nous pensons vraiment que c’est une meilleure façon de dépenser de l’argent en finançant l’innovation plutôt que d’être emprisonné dans certaines compagnies qui ne sont pas stratégiques pour l’État Français ». Parmi les pistes de cession étudiées : la Française des Jeux. Une menace réelle ? Difficile à dire, tant l’idée de privatisation de la FDJ revient régulièrement sur le tapis. D’autres y ont déjà perdu leur plume. Mais en tous cas, le débat risque d’être vif.  

33 400 détaillants à protéger

Et pour cause. À peine l’annonce était elle faite qu’elle était déjà rectifiée. Il ne s’agira pas de privatisations, mais de cessions de participations de l’État. Et la vente de la FDJ, une vraie bonne idée ? Il semblerait que non. D’abord, cette cession retirerait à l’État certaines de ses prérogatives, et pas des moindres : la lutte contre la prévention de l’addiction, contre le blanchiment d’argent ou encore l’interdiction de jeu pour les mineurs. Mais l’État se priverait aussi d’une autre mission assurée par la FDJ : protéger la survie de son réseau aux quelques 33 400 détaillants. Quand ces derniers avaient été menacés par l’ouverture des jeux sur internet, le soutien de l’État notamment avait permis de protéger son monopole en limitant la concurrence des nouveaux sites de jeu en ligne. Conséquence : en 2017, selon la FDJ le chiffre d’affaires du réseau continue de progresser en dépit de la croissance du numérique en parallèle.  

FDJ : un très généreux contributeur aux finances publiques

Ensuite, cette annonce de privatisation supposée de la FDJ a bien évidemment suscité une levée de boucliers. À l’image de celle de Christian Eckert qui rappelle qu’il y a deux ans, l’ancien ministre de l’Économie devenu président de la République depuis avait déjà poussé à la vente de la FDJ. Or, comme l’argumente l’ancien secrétaire d’État chargé du Budget au Ministères des Finances et des Comptes Publics, « la FDJ gagne peu d’argent et ne vaut donc pas très cher. L’essentiel de l’argent qui alimente les caisses de l’État vient des taxes perçues sur les mises : plus de trois milliard d’euros. Cet argent est versé à l’État en amont des recettes de la FDJ. Celle-ci ne gagne donc que quelques dizaines de millions d’euros, qu’elle reverse d’ailleurs en impôts et en dividendes ». CQFD : la FDJ pour l’État est une véritable cash-machine quand la vente de la FDJ en rapporterait que quelques centaines de millions d’euros. Au regard des objectifs annoncés par Bruno Lemaire de « réaliser d’importantes cessions d’actifs pour financer l’innovation à laquelle l’État destinera 10 milliards d’euros », se priver de 3 milliards d’euros de recettes – au bas mot - ressemble vraiment à une fausse bonne idée.

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